Or, Tobias Sammet travaille justement sur son rêve de gosse, un opéra rock prévu pour le 3 novembre 2000, qui va lui permettre d’enregistrer avec les chanteurs qui l’ont le plus influencé. Comme son titre l’indique, Avantasia est la première partie d’un opéra métal composée de ses deux premiers actes. Il s’agit d’une œuvre de métal épique où il est question de sorcellerie, d’inquisition, de druides et autres elfes. Du coup, ce concept nous fait baigner dans une ambiance empruntée à Tolkien et notamment à son Seigneur des Anneaux.

Le projet est très alléchant puisqu’il regroupe quasiment tous les grands noms du heavy metal actuel. On retrouve entre autre Kai Hansen (ex-Helloween, Gamma Ray), Timo Tolkki (Stratovarius), André Matos (ex-Angra, Shaman), Henjo Richter (Gamma Ray), Michael Kiske alias Ernie (ex-Helloween), Alex Holzwarth (ex-Angra, Rhapsody), Markus Grosskopf (Helloween), Sharon Den Adel (Within Temptation) ou encore Jens Ludwig (Edguy). Au bout du compte, toute la richesse de cet album est trahie ne serait-ce que par la distribution précise de chacun des musiciens (Tobias est le jeune moine autour duquel gravite les autres personnages, Rob Rock est un évêque, Oliver Hartmann le pape Clément VIII, André Matos un elfe etc…).

La densité de cette histoire saute finalement aux yeux lorsque l’on feuillette l’épais livret qui est malheureusement assez difficile à lire mais qui est extrêmement complet… Et me direz vous, la musique ? Pour être tout à fait honnête, ce métal mélodique à l’allemande ne surprend pas vraiment. On retrouve ici et là de très larges similitudes avec les compositions habituelles de Tobias Sammet au sein d’Edguy. Evidemment, ceci explique à coup sûr cela, mais engendre un coté « déjà vu, déjà entendu » un peu décevant. Le meilleur exemple en est « Reach Out For The Light » qui est instrumentalement et vocalement typiquement un morceau edguyien.

Autre déception : Tobias a choisi de se mettre très en avant et laisse de ce fait souvent peu de place aux autres vocalistes. Ainsi, Sharon Den Adel chante en tout et pour tout 30 secondes dans tout l’album et dans le seul titre Farewell. Ce titre est au demeurant une ballade incontournable où chœurs, piano et guitares se marient merveilleusement. Il reste néanmoins quelques titres savoureux comme « Serpents In Paradise », morceau speed et entêtant marqué par le chant de David DeFreis (chanteur de Virgin Steele). La ballade « Inside » rassemble un trio magnifique puisque Kai Hansen, Andre Matos et Tobias Sammet se donnent la réplique efficacement. Autre morceau éclatant : « Breaking Away », lequel pour le coup, offre par le biais de la voix de Michael Kiske un style finalement un peu plus différent, plus prés d’Helloween que d’Edguy, d’autant plus que la composition va avec.

En définitive, Avantasia est un très bon album mais légèrement en demi-teinte. En effet, la myriade d’invités prestigieux sollicitée par Tobias est trop employée à dose homéopathique. Le fait d’entendre que très peu les voix fantastiques et cristallines d’André Matos et Sharon Den Adel constitue en cela seul une déception qui place Avantasia plus dans la lignée des albums d’Edguy que dans celle des grands projets en solo du heavy metal. Tobias Sammet demeure néanmoins un des plus grands compositeurs actuels du style car ce concept est une splendide œuvre de métal symphonique et épique, qui, soyons clément, tient à peu prés ses promesses et dont la production est de part en part irréprochable.

Du coup, il est légitime d’attendre beaucoup du second opus qui devrait sortir d’après l’annonce de Tobias sur son site officiel en Août 2002. Les mêmes invités devraient figurer sur cet album avec quelques surprises supplémentaires (notamment Eric Singer, batteur de Kiss, qui joue un titre et d’autre part, un morceau de 14 minutes qui s’intitule « Seven Angels »). Espérons que cette seconde partie de l’Opera Metal d’Avantasia sera plus équilibrée et plus originale mais tout aussi brillamment composée et produite que sa prédécesseur.