L’ambiance s’en trouve donc beaucoup plus chargée qu’à l’accoutumé car, mis à part le morceau qui débute l’album, « Different World », les titres sont longs, et distillent une sensation de rancœur et de tristesse. La tâche de l’auditeur qui souhaite s’approprier l’album en est donc un peu ardue, à cause de cet aspect hermétique et lourd. « Dance Of Death » était en son temps plus facile d’accès, grâce à l’alternance de titres longs et progressifs avec d’autres plus courts et plus typiquement hard rock n’roll.

Il est donc nécessaire d’écouter plusieurs fois l’album, peut-être de façon morcelée, pour qu’il puisse révéler ses qualités et ses richesses. Oui, le mot est lancé, il est riche et tout simplement brillant. Naturellement, Maiden fait toujours du Maiden et on reconnaît aisément leur patte, mais le groupe a su amplifier certains de ses aspects, ce qui apporte un peu de fraîcheur. Les riffs ont tendances à sonner plus lourds, comme pour frapper là où ça fait mal, et la batterie est plus incisive. Cet album sera assurément fort durant les concerts.

La voix de Bruce se veut quant à elle plus variée, car là où le chanteur avait tendance à s’égosiller du début à la fin d’un titre, il montre cette fois plus de diversité en posant beaucoup plus sa voix, ce qui offre des moments de répits qui en deviennent très poignants. Bien sûr, la capacité du groupe à faire passer des émotions n’a jamais été son point faible, au contraire, mais grâce a cette variété dans le son des guitares et dans le chant, elle est poussée ici à son paroxysme. Aucun autre album du groupe n’était parvenu à ce niveau avant cela.

Naturellement, il est impossible d’affirmer que cet album est leur meilleur, car les anciens ont d’autres qualités, et « A Matter Of Life And Death » souffre malheureusement de quelques défauts. Le groupe s’est en effet parfois laisser aller à la facilité dans certaines mélodies ou certaines structures, ce qui pour moi est flagrant dans un morceau comme « Different World » qui sonne comme un sous « Wildest Dreams », ou « For The Greater Good Of God » qui est long mais qui n’apporte pas d’eau au moulin. Le groupe a souhaité écrire et enregistrer l’album rapidement pour lui donner un aspect spontané, mais on ne peut s’empêcher de penser que s’ils avaient osé prendre leur temps et du recul, ils auraient peut-être pu éviter ces écueils…

Heureusement, ces passages un peu plus faible sont parfaitement compenser par quelques titres magnifiques, riches de mélodies envoûtantes, comme « Brighter Than A Tousand Suns », la magnifique ballade « Out Of The Shadows » qui rappelle énormément ce que Dickinson a pu faire en solo et qui serait un single particulièrement fort, ou « The Reincarnation of Benjamin Breeg », le premier single qui du long de ses 7 minutes 22 affiche la volonté du groupe de surprendre son auditoire, là où le précédent album malgré de grandes qualités, ne se voulait qu’un album de plus.

Ce quatorzième album, qui sort tout juste pour célébrer les trente ans de la formation d’Iron Maiden, excusez du peu, prouve qu’il nous faudra toujours s’attendre à être surpris et comblé par eux.