7th Symphony


Elise : Votre prochain single sera « End of Me », avez-vous tourné une vidéo pour ce titre ?

Eicca : Oui, il y a deux semaines à Los Angeles, avec Gavin [Rossdale]. J’ai vu la version finale dimanche dernier, elle est très belle, assez mystique. La réalisatrice est Lisa Mann, elle est Canadienne. Elle avait aussi réalisé notre clip pour « I Don’t Care ». Nous aimons son style et nous voulions une certaine continuité : de la décadence, un style un peu gothique, romantique, et beau. Nous aimons travailler avec elle. Je pense qu’elle réalisera nos deux prochains clips d’ailleurs, nous voudrions une trilogie. L’idée tourne autours de l’artwork de l’album. Il y a une belle créature-violoncelle sur la pochette et on la retrouve dans la vidéo. Nous voulions un violoncelle sur la pochette de l’album mais nous voulions quelque chose de nouveau, quelque chose de romantique, même si l’album en lui-même n’est pas super romantique. Il y a en fait deux créatures : le Bien et le Mal, elles sont un peu comme des sirènes et Gavin est tiraillé entre les deux. Mais l’histoire n’est pas l’élément majeur de ce clip contrairement à l’esthétique.

Interview Eicca Toppinen d'Apocalyptica pour le Webzine NWF

Guillaume : Quel est l’artiste qui a créé la pochette de 7th Symphony ? De qui était l'idée d'origine ?

Il y a eu plusieurs artistes. La photo de la femme a été prise par un finlandais qui s’appelle Mikko Harma. Puis Dirk Rudolph a travaillé dessus. Il avait déjà travaillé sur nos pochettes pour Reflexions, Apocalyptica et Amplified et nous voulions le retrouver parce qu’il comprend notre monde et il a toujours de bonnes idées. Nous lui avions parlé de quelques idées dont il s’est inspiré pour faire un essai, et nous avons validé ce premier jet parce qu’il avait réussi à combiner les éléments que nous voulions retrouver. Nous sommes toujours précis sur l’artwork. Pour Worlds Collide, nous avons laissé la maison de disque décider car nous n’avions pas eu le temps de vraiment nous pencher dessus. Mais pour les autres albums nous avons toujours été pointilleux sur ce que nous voulions (que ce soit sur les photos, la police d’écriture…) : les gens qui achètent l’album veulent la totale ! Lorsqu’on ouvre un disque, l’artwork permet de rentrer dans le monde de l’album. Donc le packaging est important, pour moi en tout cas.

Elise : Est-ce que vous vous êtes déjà décidé sur le prochain single de l’album ?

Nous n’avons pas encore choisi mais ce qui est certain c’est qu’il y aura deux autres singles dont « Not Strong Enough » avec Brent Smith de Shinedown et « Broken Pieces » avec Lacey Sturm de Flyleaf. Nous allons filmer les vidéos de ces deux titres dans peu de temps. Nous continuerons donc sur le même thème pour ces clips, avec des variations évidemment. Après tout, ces chansons viennent du même album donc c’est bien de les relier entre elles à travers les vidéos. Nous avons fait de bonnes vidéos dans le passé mais Lisa [Mann] trouvait qu’elles manquaient de personnalité. On y voyait beaucoup de violoncelles mais peu de personnages. Les premiers réalisateurs étaient tellement fascinés par le fait que nous jouions de ces instruments que les vidéos ne se résumaient qu’à ça. On a fait 16 vidéos comme ça donc…nous voulions voir autre chose ! (rires) Evidemment les violoncelles ont encore une part importante dans les nouvelles vidéos mais on voulait quelque chose en plus, on souhaite une certaine progression.

Elise : Il est facile de comprendre le choix d’un titre pour une chanson traditionnelle mais comment trouvez-vous vos idées de titres pour vos chansons instrumentales ? « 2010 » par exemple. Pourquoi ce titre ?

Parfois on lutte pas mal et c’est pour cette raison que les titres sont si mauvais (rires). C’est difficile de trouver les mots qui décrivent bien la chanson et nous ne voulions pas non plus trop en dire à travers les titres, pour laisser une part d’interprétation pour l’auditeur. Sur cet album par contre, on s’est dit qu’on allait mettre des titres bien déjantés. On a commencé à l’appeler « 2010 » [Twenty Ten] et on s’est dit pourquoi pas ? C’est comme « On the Rooftop With Quasimodo », j’adore. Les gens trouvent que c’est un titre débile et dingue mais c’est pour ça qu’on aime (rires). L’idée pour « Rage of Poseidon » est venue lorsque j’écoutais la version finale du titre. A un moment, on a l'impression qu’on entend un énorme bateau romain ou égyptien naviguant sur les eaux grecques. Puis ça s’accélère et on entend comme des gens qui scandent « ouh yah ! ouh yah ! ». Puis le Poséidon prend le bateau et l’emporte dans les profondeurs de la mer. Très épique (rires). C’est ce que j’imagine quand j’entends ce titre alors pourquoi ne pas l’appeler « Rage of Poseidon » ? C’est difficile de se débarrasser des titres provisoires pour trouver les vrais titres.

Elise : Comment travailles-tu les paroles des chansons ? Et pourquoi décides-tu de mettre des paroles sur « End Of Me » et pas sur « Beautiful » par exemple ?

J’ai écrit « End Of Me » avec Johnny Andrews que nous connaissions déjà. Nous avons parlé des thèmes ensemble mais comme l’anglais est sa langue maternelle je l’ai laissé s’occuper des paroles parce que ce n’est pas trop notre truc. Mais nous participons à l’écriture de certains titres. Nous avions dix chansons avec paroles au départ et nous ne voulions pas transformer celles qui ne seraient pas retenues en titres instrumentaux. Ca aurait été trop simple. Lorsqu’on écoute certains titres instru sur les anciens albums, on se dit qu’ils seraient peut-être mieux avec des paroles, il leur manque quelque chose. Avec « 7th Symphony » on voulait éviter cela et faire en sorte que les morceaux instrumentaux soient tellement bons que personne ne se demanderait « où sont les paroles ? ».



Les guests


Guillaume : Une fois de plus, les guests sont nombreux sur cet album. Êtes-vous à l'origine de leur participation ou Sony a-t-il joué un rôle important ?

Non, en réalité, nous avions déjà rencontré ces guests par le passé et nous voulions des gens souhaitant s’investir. Evidemment, ils sont rémunérés mais on ne les achète pas dans ce but. Par exemple, si quelqu’un demande beaucoup d’argent, disons 30'000 euros, alors on lui dit d’aller se faire voir. "Si tu ne veux pas chanter sur nos chansons, ne le fais pas, c’est tout !" (rires) Ce n’est pas la renommée de l’artiste qui nous intéresse mais plutôt de trouver une belle voix pour la chanson qui convient. Evidemment, Sony nous permet d’entrer en contact plus facilement avec les artistes. On a rencontré les membres de Shinedown à des festivals américains et on a été impressionnés par la voix du chanteur. On a rencontré Gavin parce qu’on a fait un remix pour son groupe, Bush, en 1998. On a rencontré Dave Lombardo en 1996 ou 97 aux Pays-Bas. On a joué deux morceaux de Slayer ensemble, de manière assez spontanée. A un festival, il est venu nous voir : « J’ai entendu dire que vous jouiez du Slayer aussi, j’peux me joindre à vous ? ». A ce moment là nous n’avions pas de batteur alors on a répété en backstage, on a adapté au mieux les chansons et voilà ! Il nous a dit : « Si vous avez besoin d’un batteur, passez-moi un coup de fil ! ». Et c’est pour cette raison que nous lui avons demandé de jouer sur l’album « Reflexions ». C’est maintenant le quatrième album auquel il participe. Il est génial, brillant, il a un jeu dynamique.

Elise : Ca ne gêne pas Mikko de « partager » sa place de batteur ?

Sur cet album ils jouent ensemble, en même temps. Mikko était à L.A. pour l’enregistrement et Dave y vit donc ils ont apporté un camion de Slayer contenant tout le matos de Dave. Ils se sont installés l’un en face de l’autre en studio. Pour une des chansons, on souhaitait commencer par travailler la batterie pour, ensuite, ajouter les autres instruments. Ils ont donc joué sur des essais de riffs, ils ont échangé de batterie, ils ont même tapé sur des poubelles pour tester toute sorte de sons. Nous avons rassemblé tous leurs essais et avons ajouté nos instruments par-dessus. Et ça a donné « 2010 ». Mikko apprécie de jouer avec Dave parce qu’ils s’amusent toujours bien.

Elise : Sur vos albums, les guests viennent du monde entier (USA, Allemagne, Italie, France, Canada, Grande-Bretagne, Brésil…) : est-ce un choix délibéré ?

Non, ça se fait au cas par cas, il n’y a pas d’objectif général. Ils peuvent venir de n’importe où, ça nous est égal. Ce qui nous importe c’est qu’ils correspondent à la chanson. La culture de chacun apporte quelque chose de spécifique aux chansons.

Guillaume : Comment avez-vous connu Gojira ?

Je connaissais le groupe mais je ne les avais jamais rencontrés. Mais j’ai un promoteur en France et il a pensé que ce serait sympa qu’on se rencontre.

Elise : Est-ce que les guests ont leur mot à dire sur les paroles qu’ils chantent ?

Oui et non. Il faut qu’ils se sentent à l’aise avec ce qu’on leur demande sinon ce n’est pas convaincant. Ils doivent sentir que ce sont leurs paroles, même s’ils ne les ont pas écrites. Par exemple, j’ai écrit une petite partie des paroles de « Bring Them To Light » et Joe Duplantier a écrit le reste. Pour « The End of Me », j’ai écrit la chanson avec Johnny Andrews et Gavin a changé quelques éléments qu’il ne sentait pas. Bien sûr, ils peuvent faire des changements… tant qu’ils sont bons (rires). Mais si c’est de la merde, alors on leur dit (rires). C’est un processus très juste et honnête. On ne veut pas travailler avec des divas qui refusent les critiques. Mais jusqu’ici, les guests nous ont toujours dit « les mecs, c’est votre album, je ne suis que l’invité, c’est vous qui décidez ». C’est important qu’ils soient satisfaits de ce qu’ils ont fait, mais le plus important c’est que nous soyons contents.

Elise : Quels guests joueront avec vous en tournée ?

Ca fait déjà un an que nous tournons avec un finlandais, Richard Johnson. Il vient des USA mais il a vécu pendant longtemps en Finlande. Il chantait pour Leningrad Cowboys pendant 10 ans mais il a plein d’autres groupes. C’est un très bon chanteur rock, il s’accorde bien avec le groupe, lorsqu’il vient sur scène il n’est pas à part, il fait parti du concept. Il sera avec nous jusqu’à la fin de l’année et probablement l’année prochaine aussi. C’est au début de la tournée aux USA qu’on s’est rendu compte qu’un chanteur était nécessaire parce que lorsqu’on jouait des chansons live pour les radios, ils voulaient que nous jouions les singles et l’accueil n’était pas très bon puisque nous les faisions en instru. Au début, nous avons engagé un chanteur américain mais au final il manquait quelque chose pour qu’on le considère comme « notre » chanteur, même si on aimait travailler avec lui. Mais vendredi dernier, nous avons enregistré des titres pour un futur dvd, 4 ou 5 chansons en version acoustique, et c’est lui qui chante dessus. Ce sera sur le DVD de l’édition spéciale de l’album.

Elise : Est-ce que des guests viendront quand même vous rejoindre en tournée ?

Je ne pense pas, ils sont tous très occupés. Mais, il y a deux semaines, nous avons joué à deux festivals américains avec Adam Gontier parce qu’il jouait avec son groupe, Three Days Grace, ces jours là et il a donc chanté pour nous. Et j’ai même eu l'occasion de jouer avec Three Days Grace : nous étions en première partie et ils étaient en tête d’affiche. Ils jouent « I Don’t Care » en concert parce que c’est un titre qui marche bien aux USA, alors je les ai rejoins cette fois là. Parfois ce n’est pas simple pour les guests de nous rejoindre sur scène pour une seule chanson mais s’ils sont dans le coin quand nous jouons et qu’ils souhaitent se joindre à nous, alors ils sont toujours les bienvenus. On a déjà joué avec Sandra Nasic [« Path »], Marta Jandova [« How Far »], avec Manu [Emmanuelle Monet, « En Vie »], Max Cavalera [« Repressed »], et d’autres. Mais c’est toujours ponctuel.


Interview Eicca Toppinen d'Apocalyptica pour le Webzine NWF

Apocalyptica en tournée


Guillaume : Avez-vous prévu de jouer des reprises sur scène ?

On aimerait bien, oui. On a répété une version de « Spiral Architect » de Black Sabbath mais je ne sais pas encore comment on la jouera sur scène. Rien n’est réellement prévu. Ce serait bien de jouer des trucs spéciaux mais on a déjà beaucoup de chanson sur nos setlists. On a déjà le choix entre 70 et 80 chansons enregistrées. Or, nos setlists n'ont que 20 titres, on ne peut pas tout jouer. On joue 90 minutes en général. On pense que c’est une bonne durée : le public ne se fatigue pas trop. Les gens veulent toujours plus, mais si tu joues deux heures et que la moitié du set est constituée de solos débiles ou bien que l’attente entre les chansons est plus longue, ça revient au même. Parfois je me demande : « comment peut-on jouer une heure et ne faire que six chansons ?! ». J’ai vu des groupes qui jouent deux heures pour 14 chansons seulement parce qu’ils friment avec leurs guitares, ou se reposent au fond de la scène (rires). Je ne suis pas un grand fan de ce genre de concerts. On préfère rester à 90 minutes et faire quelque chose de dynamique plutôt que de jouer deux heures en faisant les faignants.

Elise : Vous jouez dans des salles de plus en plus grandes !

Oui, c’est fou ! C’est génial : en Scandinavie on remplit des stades, à Mexico une salle de 10000 personnes, en Allemagne c’est toujours solide, entre 1500 et 4000 personnes. Et bien sûr, c’est sympa de voir que c’est pareil en France (rires). Ca fait plaisir parce qu’on essaie toujours d'y faire plusieurs concerts. Pas au tout début parce que ça n’intéressait personne : aucun promoteur n’arrivait à réserver de salle. Le premier concert à Paris était dans une salle de 280-300 personnes : c’est génial de partir de là et de construire quelque chose à force de travailler dur.

Guillaume : Vous allez participer à un festival à Québec cet été, juste avant Rammstein et devant plus de 100'000 personnes, êtes vous impatients ?

On n’a peur de rien (rires) ! On était à un festival en Russie, il y avait 110'000 personnes. A partir d'un certain point, cela ne fait plus de différence : qu’il y ait 30'000 ou 100'000 personnes, c’est juste une masse infinie et on n’arrive plus à les compter (rires). Nous avons joué plusieurs fois avec Rammstein dans le passé, on se connait bien. On devrait faire quelques chansons ensemble sur scène comme on l’a fait lors de la tournée précédente, c’était très marrant. Ce qui nous fait plus peur ce sont les festivals aux USA où nous jouons en tout premier, lorsqu’on commence à midi par exemple. On a peur que personne ne vienne. Mais ce n’est pas le cas, il y a toujours beaucoup de monde. L’année dernière, ceux qui ouvraient avaient quelques centaines de spectateurs et nous en avions 10'000. C’est génial. Mais c’est notre plus grande peur : tu traverses le pays, tu finances le voyage et personne ne vient te voir (rires).

Elise : Votre musique a été utilisée pour des films, des séries, des jeux vidéos, et même en sport : un patineur artistique français (Brian Joubert) a utilisé trois de vos chansons pour son programme. Est-ce que vous avez connaissance de futures utilisations de ce genre ?

Parfois on compose spécialement pour des films. Perttu et Mikko ont composé de la musique pour le jeu vidéo « MAG ». D’autres fois, ils choisissent des chansons déjà écrites. C'est plaisant de savoir que des sportifs, des danseurs, des théâtres, des réalisateurs de documentaires veulent utiliser notre musique. C’est appréciable quand ta musique inspire d’autres artistes. Parfois, on en entend parler longtemps après, comme pour ce patineur artistique français : on n’en avait jamais entendu parler jusqu'à ce que quelqu’un me dise qu’il avait vu ça. Mais on n'est pas mis au courant, il paie simplement la SACEM locale et voilà. Par contre, pour les films ou la télévision ils doivent obligatoirement demander la permission. Je crois qu’on a environ une dizaine de demandes chaque année. La plupart sont de petites productions donc parfois j’offre la musique, parfois ils paient 500€ et si c’est une plus grosse production ils paient un peu plus…

Elise : Est-ce qu’il t’arrive de refuser ?

Je crois que j’ai refusé une fois : c’était quelque chose de brutal, violent. C’était un truc d’art mais j’ai dit que je m’en foutais, que je n’aimais pas (rires). Mais je dis oui presque à chaque fois. La série télé Dollhouse, par exemple : ils voulaient utiliser notre musique pour une longue scène. Un réalisateur de documentaire fait un film sur les pirates en Somalie, ils filment là-bas pour savoir ce qu’il s’y passe vraiment. Parce que nous n'avons qu’une version : « Oh ces méchants pirates, ils volent nos bateaux ! ». Mais ils se sont en réalité rendus compte que tout à commencé quand les pays occidentaux ont entièrement volé leur pêche et pollué les eaux. Les gens n’ont plus de quoi de vivre. Quand les conditions de vie sont trop mauvaises et qu’on vous ôte la possibilité de vivre de manière décente… Qu’est-ce que tu fais ? Ils ont donc fait un documentaire là-dessus et j’espère qu’il sortira un jour, parce qu’on ne le sait pas forcément ! ils risquent leur vie là-bas : ils ont interviewé les gangsters… J’ai pensé que c’était vraiment bien et je leur ai dit qu’ils pouvaient évidemment utiliser notre musique ! C’est sympa de pouvoir participer à un tel projet, même si ce n’est qu’à travers la musique.



L'Eurovision


Guillaume : Vous étiez invités à l’édition 2007 du concours de l’Eurovision. Cette année, un groupe plutôt typé métal a permis à la Turquie de finir deuxième. Quel est ton avis sur ce concours : est-ce que c’est ringard ou est-ce que ça peut aider à faire connaitre le métal, comme en 2006 avec Lordi ?

Je n’ai pas du tout vu l’Eurovision cette année mais je pense que ce concours ne sert à rien. C’est mon avis. Est-ce que vous pouvez me donner un titre de chanson sortie de l’Eurovision depuis ABBA ? Quelque chose qui a marché ? Evidemment, on se souvient de nos chanteurs nationaux mais au niveau international, l’Eurovision n’a aucune valeur. Bon, d’accord, Céline Dion a fait parti de l’Eurovision mais Céline Dion était déjà Céline Dion, ça n’a pas changé sa carrière. Mon sentiment est que la bonne musique est ailleurs. Mais sinon, oui, Lordi fut un tournant, une révélation. Mais maintenant ? Ca dépend du niveau de ringardise des groupes de métal qui y jouent. Certains s’habillent comme des métalleux mais jouent les mêmes conneries que les autres. Parfois il y a de bonnes chansons mais il y en a trois ou cinq sur tous les finalistes, le reste est horrible. D’ailleurs j’ai beaucoup aimé la chanson de la française l’année dernière. Comment elle s’appelle ?

Elise : Patricia Kaas ?

Oui ! C’était une de mes préférées : elle avait du style et elle était elle-même.

Elise : Et... elle a perdu.

Elle a perdu, oui, mais c’est parce qu’elle était trop bonne pour la compétition je pense (rires).

Guillaume : Lorsqu’on a demandé à Tuomas Holopainen quels sont les artistes français qu'il connaissait, il nous a tout de suite répondu Patricia Kaas. Est-elle particulièrement connue en Finlande ?

Elle a fait beaucoup de concerts.

Elise : Connais-tu d’autres artistes français ?

Aucun... J’ai l’impression que la scène métal n’est pas très importante ici. Bon, bien-sûr, il y a Jarre, il est connu partout. Qui d’autre ? Edith Piaf. Pour en revenir à l’Eurovision, je trouve ça bien que des groupes de métal y aillent. Mais ce n’est pas ma tasse de thé. Bien sûr, quand j’étais enfant, je regardais tout le temps. On s’amusait à faire notre propre liste, on se marrait bien. Je pensais à cette époque que c’était important. Mais depuis qu’ils ont ouvert le concours à l’Europe de l’Est, le spectacle est devenu plus important que les chansons. Ce n’est plus le concours de la meilleure chanson mais le concours de celle qui secoue le plus son cul.

Guillaume : Quand Lordi a gagné, il nous a semblé que la Finlande était extrêmement fière.

Très fière, oui. Ca a même fait du mal au métal parce que c’est devenu commercial et je ne pense pas que ça devrait être le cas, pas dans ce sens (rires). De voir que même notre premier ministre fait le signe métalleux, c’est ridicule ! Avant ils détestaient Lordi, et après avoir gagné tout le monde voulait leur lécher le cul. J’aime Lordi d’ailleurs. Pas trop leur musique, mais Tomi est très sympa. Apocalyptica est allé faire un show à l’Eurovision parce que tous les techniciens qui y travaillaient étaient des amis et voulaient qu’on le fasse : notre technicien lumière de tournée nous a fait toutes les lumières de l’Eurovision à Helsinki et la personne qui s’est occupée de la chorégraphie est une ancienne collocataire de ma femme. Ils ont tous insisté. Alors on a décidé de le faire dans l’optique de présenter un beau show, Eurovision ou pas. Ce n’est pas si horrible que ça, mais les gens pensent que c’est très important et que les artistes gagnent vraiment à y participer. Est-ce que les français en ont quelque chose à faire des gagnants quand ils sont Russes, par exemple ? C’est marrant à regarder parce que c’est trop bizarre (rires). C’est un bon divertissement.

Interview Eicca Toppinen d'Apocalyptica pour le Webzine NWF

En Finlande, les gens pensent que c’est important pour les compositeurs de chansons mais ce n’est pas le cas. Est-ce que Max Martin écrirait une chanson pour l’Eurovision ? Non, il ne ferait jamais ça ! Il préférerait écrire pour Lady Gaga ! Parce que c’est nouveau et frais et que ça a 15 ans d’avance sur ce qu’on trouve à l’Eurovision. Ils font toujours la même chose d’une année à l’autre. Vous vous souvenez de l’année où il y avait un vrai orchestre ? Les groupes se servaient de cet orchestre, c’était complètement différent. Tous les pays étaient au même niveau. Aujourd’hui, un pays paye 500'000 euros pour y participer, un autre 15 millions d'euros. Ils prennent ça trop au sérieux ! Pour certains c’est une histoire d’identité. Et puis tous les pays votent pour leurs voisins. C’est surprenant que l’Allemagne ait gagné cette année, mais je n’ai pas entendu la chanson ni aucune autre puisque nous étions aux USA. Là-bas, personne n’a jamais entendu parler de l’Eurovision, pas même dans l’industrie musicale ! C’est pour vous dire comme c’est important ! Le groupe métal de Turquie va se faire connaitre chez lui, ce qui est déjà bien, mais certainement pas ailleurs…